Déclaration de Jean-François Martins – Conseiller de Paris (MODEM), que vous pouvez retrouver sur son blog jfmartins.lesdemocrates.fr
Monsieur le Maire,
Chers collègues
Depuis le début de cette affaire de protocole d’accord entre le président de la République, le parti majoritaire et vous monsieur le Maire, on assiste, par mégarde ou par malhonnêteté à une présentation fausse et mensongère des enjeux que représente le procès dans lequel est engagé la ville de Paris et que vous voulez aujourd’hui abandonner
Il ne s’agissait pas comme vous l’affirmez pour justifier aujourd’hui votre choix de signer cet accord, il ne s’agissait pas uniquement d’obtenir réparation mais bien d’obtenir pour les parisiens la vérité, la justice et la clarté. En faisant le choix de négocier à la petite semaine le retrait de la Ville de son rôle de partie civile vous commettez une double erreur.
Votre choix monsieur le Maire est un renoncement et une régression civique
Un renoncement parce que ce procès est un procès pénal, pas un procès civil. L’objet même de ce procès n’est pas la recherche d’une réparation entre deux parties mais bien la recherche de la vérité et l’obtention de la justice. Notre ville en se constituant partie civile dans ce procès PENAL, je le répète, avait donc, judicieusement décidé de jouer en rôle dans cette quête de la justice et de la vérité.
Au nom des Parisiens vous nous proposez aujourd’hui contre 2,2 Millions d’Euros d’abandonner notre rôle dans cette recherche de la vérité et notre besoin de justice.
A la lumière de l’Histoire de cette ville et de ses habitants vous devriez le savoir, la soif de vérité et de justice des Parisiens, ne s’achète pas, ne se brade pas, ne se négocie pas.
Cette délibération est bien plus qu’un simple accord juridique, elle est l’essence d’une conception politique, les parisiens sont ils plus attachés à l’argent ou à leurs convictions ? Sont ils animés pas le sentiment de réparation court-termiste ou par le désir de justice définitive ?
Car disons nous la vérité et admettons que j’adopte votre position de l’impérieuse et urgente nécessité de récupérer ces 0,03 % de notre budget. : Si cet aveu que constitue ce protocole est bien conforme à la réalité alors la justice l’affirmerait, et la ville obtiendrait réparation. Mais elle obtiendrait cette réparation par la voie de justice et donc de manière incontestable. Vous admettrez que c’est plus heureux que de l’obtenir par un accord d’antichambre.
Ce renoncement est d’autant plus regrettable que je partage avec vous au moins une conviction, monsieur le Maire, celle que nous devons désormais tourner la page et ne pas être dans une inquisition permanente à l’égard du passé.
Mais justement il n’y a que deux choses qui peuvent en la matière permettre de tourner la page définitivement : la vérité et la justice. Cette justice équilibrée, impartiale, et commune à tous les citoyens est celle qui, seule, peut sceller une vérité qui sera définitivement admise et irrévocable qui permettra de démontrer l’innocence des uns ou la culpabilité des autres.
Une régression civique
Si le renoncement constitue à lui seule une bonne raison de voter contre ce projet de protocole, il y a chers collègues une dimension de ce protocole que je vous demande de mesurer, c’est à quel point il constitue une régression civique.
A l’heure de la dégradation de la confiance des citoyens dans la classe politique, A l’heure des scandales éthiques et civiques à répétition de ce gouvernement, il faut mesurer le sentiment croissant de nos concitoyens qu’il y aurait dans ce pays deux catégories de Français : ceux d’un coté, le plus grand nombre, qui sont soumis à la loi commune et de l’autre coté, les puissants qui au gré de leur richesse, de leur pouvoir et de leur influence peuvent s’astreindre de la loi commune : De Bernard Tapie, à Liliane Bettencourt les Français constatent chaque jour qu’être riche ou ami du pouvoir permet d’éviter la loi commune.
Ce sentiment et ce climat, chers collègues, il nous oblige. Il nous oblige à l’exemplarité, il nous oblige à démontrer plus que jamais que nous sommes attachés à la même justice pour tous, à l’application de la règle commune à chacun
Imaginons quelques secondes le regard que portent nos concitoyens sur cette histoire, et par les faits ce que représente cet accord. : Un maire socialiste va accorder à un ancien président de la république dont il a combattu la politique et les méthodes pendant plus de 20 ans, le moyen d’être soumis à un procès où plus personne ne plaidera à charge. Pour parfaire le roman sombre, cet accord sera financé par le parti majoritaire que ce même maire combat et dénonce au quotidien. SI vous rajoutez à ce tableau l’intervention d’un chef de l’Etat en place, vous êtes face à un drame démocratique, une régression civique où ce mauvais scénario laisse à penser que les pires opoosants sont en réalité complices et connivents quand il s’agit de se protéger de la loi commune.
Je refuserai donc cet accord monsieur le Maire, car contre un cheque je ne veux pas abandonner mon espoir de justice et celui des parisiens, contre un lot de consolidation je ne veux pas renoncer à participer et à savoir la vérité, Car par mon vote je ne validerai jamais l’accord des puissants entre eux pour leur éviter la justice commune à tous les autres. .
Je voterais donc contre cette délibération monsieur le Maire


